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Thématique détaillée du congrès


Quels choix se présentent aux chercheurs et aux responsables des programmes scientifiques ? Sur quoi leurs décisions se fondent-elles ou devraient-elles se fonder ?

Comment prendre de « bonnes » décisions à l’aide de connaissances scientifiques dans des situations d’incertitude ? Quand et selon quelles modalités est-il possible de décider « scientifiquement » ?

Que sont les sciences de la décision et sur quoi se fondent-elles ?

Ces questions peuvent, comme on le voit, se distribuer selon trois grands axes, que nous allons examiner dans cet exposé de la thématique :

  1. Les décisions prises dans les sciences
  2. Les décisions aidées par les sciences
  3. Les sciences de la décision

L’importance de ces questions est considérable. Elles concernent bien évidemment la philosophie des sciences et les disciplines scientifiques directement impliquées, mais elles ont également une portée pour les sciences en général, en particulier leur gouvernance ainsi que la compréhension publique de la science, son enseignement, son attractivité, son acceptabilité. Elles sont en outre importantes, bien entendu, pour les sciences politiques.

1) Les décisions prises dans les sciences

L’activité scientifique, comme toute activité humaine, est faite de myriades de décisions, prises par des individus, par des groupes d’individus et par des institutions. Nombre de ces décisions n’ont rien de propre à l’activité scientifique.

Cependant, la plupart des traits propres à l’activité scientifique apparaissent tout à la fois comme un genre de décision et comme un genre très particulier de décision, des décisions qu’on serait tenté d’appeler « épistémiques ». La question de la décision dans les sciences a pris une importance de plus en plus considérable à l’époque contemporaine, elle n’a cessé de s’élargir depuis le conventionnalisme et l’empirisme logique pour solliciter les champs les plus divers, au-delà de la seule philosophie des sciences : philosophie de la connaissance, histoire des sciences, sociologie des sciences, etc.

La première question qui se pose est celle de savoir sur quoi portent les décisions prises dans les sciences : il peut s’agir de décisions portant sur des hypothèses, des théories scientifiques, sur la délimitation des données considérées comme pertinentes pour poser un problème, sur l’évaluation de l’adéquation entre données expérimentales et théories, mais peut-être également sur d’autres aspects, que l’on cherchera à déterminer. Cette première question doit être articulée à une deuxième, celle des raisons, justifications et critères de ces décisions prises dans les sciences, c’est-à-dire celle de savoir sur quoi les scientifiques se fondent pour prendre des décisions.

L’exemple le plus manifeste d’une décision prise dans les sciences est celui de l’acceptation d’une théorie. À certains moments de l’histoire des sciences du moins, il semble bien que l’on
se décide pour une théorie de préférence à une autre. Il semble également que les critères qui fondent ou devraient fonder ce genre de décision soient des critères propres à l’activité
épistémique. Ce seul exemple soulève de nombreuses questions :

Quels sont les critères qui doivent guider l’acceptation et le rejet d’une hypothèse ou d’une théorie ? Quelle justification ces critères peuvent-ils recevoir ?

Sont souvent avancés les arguments de la meilleure adéquation expérimentale, de la plus grande compréhension (extension) et de la plus grande simplicité. Ces arguments sont-ils cependant toujours faciles à établir en pratique ? Sont-ils toujours valides ?

Par exemple, l’argument de la simplicité, notamment à travers les appels au « rasoir d’Ockham », a plusieurs fois été critiqué par des philosophes des sciences contemporaines (1).

L’acceptation et le rejet d’une hypothèse ou d’une théorie sont-ils vraiment des genres de décision ? Est-il possible et fécond de concevoir l’acceptation rationnelle d’une hypothèse ou d’une théorie comme une décision rationnelle ?

La « théorie de la décision cognitive » développée notamment par I. Levi (2) et défendue par des philosophes comme P. Maher (3) ou K. Lehrer (4), part de l’idée selon laquelle l’acceptation d’une hypothèse est un genre de décision. Les différentes hypothèses considérées au cours d’une enquête épistémique se voient assigner une utilité épistémique qui dépend à la fois de la vérité de l’hypothèse et de son contenu informatif. Une hypothèse est rationnellement acceptée si, parmi les hypothèses considérées, elle maximise l’utilité épistémique espérée.

L’acceptation rationnelle garantit-elle, en un sens à définir, le progrès scientifique ?

Les relations entre bonnes décisions épistémiques et progrès scientifiques sont étroites. D’une part, les critères qu’on propose souvent pour déterminer si un changement scientifique constitue un progrès sont souvent les mêmes que ceux que l’on invoque pour évaluer si une décision épistémique est bonne. Ensuite, étant donné une certaine conception de ce en quoi doit consister une bonne décision épistémique, la question qui se pose est celle de savoir si une telle décision favorise le progrès scientifique. L’une des plus célèbres tentatives de ce genre est celle élaborée par Karl Popper sur la base du concept de vérisimilitude (5).

Les facteurs dont les philosophes des sciences ont considéré qu’ils devraient intervenir dans l’adoption (ou le rejet) des théories scientifiques sont-ils effectivement ceux qui jouent le rôle principal dans ce processus ?

La thèse de Thomas Kuhn dans la Structure des révolutions scientifiques (1962) a eu, sur cette question, une influence considérable, et d’autant plus grande qu’elle a le plus souvent été interprétée comme l’une des mises en cause les plus dévastatrices de la « vision reçue » des théories et du changement théorique, issue du positivisme logique (6). De ce point de vue, on peut se poser les questions suivantes : quelle est la portée de l’affirmation de l’incommensurabilité des paradigmes avancée par Kuhn (1962) ? Quelle différence entre incommensurabilité et incomparabilité des paradigmes, selon la distinction proposée par Kuhn vingt ans après la parution de Structure(7) ? Cette thèse de l’incommensurabilité est-elle encore défendable aujourd’hui ? Quels sont les arguments des philosophes qui, ayant compté parmi les principaux adversaires de Kuhn, affirment, comme Philip Kitcher(8), que la marche des théories scientifiques repose bien sur l’objectivité et le progrès ?

Les facteurs qui interviennent ou doivent intervenir dans les choix scientifiques sont-ils les mêmes et doivent-ils être les mêmes dans les différents domaines de la science ?

On peut être tenté de distinguer les critères d’acceptation des sciences logico-mathématiques et ceux des sciences empiriques. En quoi consistent précisément les différences ?

Par ailleurs, il n’est pas certain que, à l’intérieur des sciences empiriques, ces critères soient uniformes. Sont-ils effectivement différents d’une science à l’autre ou d’un domaine scientifique à l’autre ?

Y a-t-il de l’indécision en science ?

Comment comprendre, en d’autres termes, les situations dans lesquelles les scientifiques renoncent à choisir entre deux théories, ou deux paradigmes ?

Il est important de souligner que ces questions se prêtent particulièrement bien à un éclairage par des études de cas, c’est-à-dire par des examens attentifs des situations passées dans lesquelles les scientifiques semblent avoir été en position d’opérer une décision entre des théories ou des hypothèses. De telles études de cas pourraient peut-être venir préciser le problème ici posé, en montrant par exemple, comme l’examen de la mécanique quantique semble le suggérer, que les scientifiques doivent parfois choisir entre des interprétations d’une même théorie (caractérisée, en particulier, par un même formalisme) plutôt qu’entre des théories différentes au sens strict.

Cependant, l’acceptation ou le rejet des hypothèses et des théories scientifiques n’est évidemment pas le seul trait de l’activité scientifique qui se laisse approcher en termes de décision. Les scientifiques sont, individuellement et collectivement, constamment confrontés à des décisions, à différentes échelles. On prendra pour exemples deux situations typiques.

Au quotidien, les chercheurs ont le choix entre poursuivre une idée et y renoncer, faire ou refaire une expérience ou réfléchir aux résultats déjà obtenus, refaire un point sur leur vision du problème, ou encore explorer plus avant la littérature, consulter des collègues, attendre l’apparition d’un élément nouveau, etc. Ils doivent évaluer les chances de progresser
qu’offrent ces différentes voies, mais aussi les coûts matériels et immatériels qu’elles impliquent. Ils doivent aussi constamment ré-évaluer la confiance qu’ils peuvent accorder aux
résultats disponibles et aux différentes sources d’information. Ils doivent enfin tirer les leçons de l’échec d’une expérience, d’un écart par rapport aux prévisions, de l’absence d’un effet
attendu, d’une discordance par rapport à des théories ou des expériences généralement acceptées (9). Ces questions relèvent à la fois de la philosophie des sciences, de l’histoire des
sciences, et ont été plus récemment abordées à la lumière des sciences cognitives(10).

Dans la durée, se pose le choix de s’investir dans l’exploration d’une hypothèse ou plus largement d’un programme de recherches. L’exploration peut être aussi bien théorique qu’empirique. Dans les deux cas, l’investissement (pour un chercheur, pour une équipe, pour une institution) peut être considérable. Ce second exemple soulève lui aussi de nombreuses questions en particulier les suivantes :

  • Comment les scientifiques décident-ils de se lancer dans tel domaine de recherche plutôt que tel autre ?
    Qu’est-ce qui pousse, autrement dit, un scientifique ou un groupe descientifiques à se lancer dans telle investigation plutôt que telle autre ? Quels sont lesdéterminants des décisions prises pour élaborer un programme de recherche (11) ?
  • Quel est le rôle de l’impulsion politique dans l’élaboration et le développement des programmes de recherche ?
    Cette question est à la fois descriptive et normative : qui, d’un point de vue politique, est légitimé à décider des programmes de recherche dans lesquels lesscientifiques vont s’investir, au nom de quels arguments, et dans quelles circonstances ? D’autre part, quelle est l’influence des « financeurs » sur les programmes de recherche ?

Ce second exemple introduit deux dimensions très importantes. Tout d’abord, la dimension politique et économique fait sortir de la décision « purement » épistémique pour mélanger des considérations pragmatiques et des considérations épistémiques. Ensuite, la référence à une ou plusieurs communauté(s) de scientifiques introduit la dimension collective de l’activité scientifique.

Cette dimension soulève de nouvelles questions qui relèvent de l’épistémologie sociale, entendue en un sens large :

  • Comment la « division du travail scientifique » est-elle organisée ? Est-elle efficace ?
  • Comment les décisions épistémiques de différentes communautés scientifiques sont-elles ou doivent-elles être coordonnées ?
  • Comment les décisions épistémiques des scientifiques d’une même communauté sont-elle « agrégées » ?

L’apport de la sociologie des sciences est ici crucial, bien qu’elle ne soit pas, bien entendu, la seule approche possible sur ces questions. D’une part, à côté de la sociologie proprement

dite, ces interrogations mobilisent l’économie, les sciences politiques, l’histoire culturelle et d’autres sciences sociales : selon l’expression proposée jadis par Derek J. de Solla Price, cesont les « humanités des sciences » qui doivent intervenir conjointement. Il faut tenir compte d’autre part de la contribution de l’épistémologie sociale, qui relève de la philosophie de la connaissance, et qui implique, outre la philosophie et l’histoire des sciences, les sciences sociales et les sciences cognitives. Sans oublier l’épistémologie formelle et en particulier la récente théorie de l’agrégation des jugements (12) qui semble appropriée pour traiter certaines des questions soulevées ici.

2) Les décisions aidées par les sciences

Le second axe thématique porte non plus sur les décisions au sein de l’activité scientifique, mais sur la façon dont les connaissances peuvent aider la prise de décision, que les décideurs soient privés ou publics, individuels ou institutionnels. Comment prendre les meilleures décisions en situations d’incertitude en s’appuyant sur des connaissances scientifiques ? Cet axe thématique concerne les scientifiques eux-mêmes, mais aussi des décideurs (personnel politique, chefs d’entreprises et décideurs économiques) qui, sans être eux-mêmes des scientifiques, s’efforcent de s’appuyer sur des connaissances scientifiques.

Voici deux des nombreuses problématiques qui relèvent de cet axe.

Comment les connaissances, la recherche d’information et la prise de décision sont-elles (et devraient-elles être) articulées dans des domaines où l’interaction entre elles est permanente ?

Cette première question concerne particulièrement les sciences directement en prise avec des décisions pratiques, comme les sciences médicales : pensons par exemple à l’urgence des décisions prises dans les centres anti-poisons, et, de manière plus générale, aux décisions thérapeutiques. Dans ces situations, il y a clairement des relations fortes etrétroactives entre les trois niveaux : la décision thérapeutique dépend des connaissances du thérapeute et l’effet observé d’une décision thérapeutique vient enrichir ces connaissances. La recherche ou l’absence de recherche d’informations dépendent des connaissances du thérapeute et des opportunités thérapeutiques qui s’offrent à lui ; le résultat d’une recherche d’information vient enrichir les connaissances et influence considérablement la décision thérapeutique.

L’exemple des sciences médicales soulève non seulement la question de savoir comment, de fait, l’interaction est organisée, mais également celle de savoir comment on pourrait améliorer cette interaction. À titre d’exemple, on peut mentionner celui du choix entre des protocoles dans le cas de patients atteints de cancer (13) : médecins et spécialistes des réseaux bayésiens ont récemment cherché à collaborer pour mettre en place un éclairage efficace et systématique de la décision thérapeutique par les connaissances médicales.

La question qui précède s’adresse à des domaines scientifiques où la décision est une composante à part entière du domaine scientifique. La décision thérapeutique est une composante à part entière des sciences médicales. Ce n’est bien sûr pas le cas général : dans de nombreuses situations, le décideur est étranger au domaine scientifique mobilisé. Les scientifiques font alors figure d’experts, et une nouvelle problématique apparaît alors, comme le mentionne le point suivant.

Comment l’expertise doit-elle guider la prise de décision ?

Cette question se pose notamment dans le cadre de politiques publiques, tout particulièrement les politiques publiques à grande ou très grande échelle, comme celles concernant le réchauffement climatique, par exemple (14) « Recommandations du GIEC en matière de bonnes pratiques et de gestion des incertitudes pour les inventaires nationaux » : http://www.ipcc-nggip.iges.or.jp/public/gp/french/gpgaum_fr.html)]. Les difficultés se situent à différents niveaux. Il y a d’abord le problème de la communication des connaissances scientifiques et de l’usage collectif possible de ces connaissances, comme essaient en particulier de le comprendre certains représentants du domaine de l’épistémologie sociale, domaine que nous avons déjà mentionné ci-dessus (15. Il y a ensuite la question de savoir comment le décideur doit exploiter des avis divergents d’experts. Enfin, à supposer que les experts aient des opinions convergentes, comment prendre sur la base d’opinions souvent très partielles et très incertaines de « bonnes décisions » ? Quel est le contenu exact de principes souvent invoqués comme le fameux « principe de précaution » ? Se laisse-t-il justifier de manière convaincante ? (16 La question du rapport entre expertise scientifique et décision se pose également avec une particulière acuité dans d’autres domaines, notamment le domaine judiciaire. Qu’est-ce qui permet de passer, par exemple, d’une expertise psychologique à une décision judiciaire ? Peut-on parler, comme le fait Foucault dans Surveiller et Punir, d’un pouvoir « scientifico-judiciaire », et donc d’une aptitude de la science à dicter des décisions judiciaires, ou faut-il supposer que la science est inapte à déterminer d’elle-même le passage de la description à la norme ? Plus généralement, comment passe-t-on de la description scientifique à la prise de décision qui implique une norme ?

3) Les sciences de la décision

Le dernier axe thématique porte sur l’épistémologie des sciences de la décision. L’expression même de « sciences de la décision » n’est pas dépourvue d’ambiguïté : la « théorie de la décision » mais aussi la psychologie cognitive, la psychologie sociale, la sociologie, l’économie (et particulièrement la micro-économie), l’histoire (tout particulièrement la micro-histoire), l’intelligence artificielle, les sciences politiques, les neurosciences cognitives… toutes ces disciplines accordent une place importante à la décision parmi leurs objets d’études. Cette hétérogénéité soulève immédiatement la question suivante : y a-t-il une unité au sein des sciences de la décision (entendues en un sens large) ? Y a-t-il des principes fédérateurs ? Des hiérarchies explicatives? Des approches essentiellement incompatibles ?

En un sens plus restreint, les sciences de la décision désignent avant tout un ensemble de recherches ayant pour coeur la théorie de la décision contemporaine (qui inclut tant la théorie
de la décision individuelle que la théorie des jeux), qu’on appelle également « théorie du choix rationnel », et pour ramifications les applications de ces théories (l’économie arrivant
bien sûr en tête de ces ramifications). Voici quelques questions parmi celles que soulèvent les sciences de la décision entendu en ce sens restreint :

  • Quel est le rôle de la rationalité au sein des sciences de la décision ?
  • Les sciences de la décision peuvent-elles et doivent-elles être neutres du point de vue axiologique ?
  • Les sciences sociales doivent-elle se fonder sur les sciences de la décision ? Quels sont les apports et les limites des sciences de la décision pour la compréhension des phénomènes sociaux ? En particulier, quelle est la valeur explicative de la notion de décision, pour penser le changement social, économique ou historique ? Faut-il repenser l’opposition entre la perspective durkheimienne ou la perspective structuraliste qui impliquent de ne pas accorder à la décision individuelle une force explicative autonome, et l’individualisme méthodologique, qui suppose de comprendre les phénomènes collectifs à partir des décisions individuelles ?
  • Comment évaluer les réalisations des sciences sociales qui, comme l’économie en première analyse, semblent se fonder sur les sciences de la décision ? L’actualité de l’épistémologie des sciences de la décision nous incite à mettre l’accent sur la question générale du rapport entre sciences de la décision et psychologie, voire neurosciences (17
  • Quels rapports la psychologie et les sciences de la décision doivent-elles entretenir ? Et la psychologie et l’économie ?
  • Les neurosciences peuvent-elles faire progresser les sciences de la décision ? comment évaluer la récente « neuroéconomie » ?

Pour conclure, mentionnons quels sont les domaines philosophiques et, au-delà, relevant de l’ensemble des sciences humaines, qui sont impliqués par le thème de ce troisième congrès de la Société de philosophie des sciences. Il fait, tout d’abord, une large place à la philosophie générale des sciences (en particulier dans le premier axe ci-dessus), domaine dont on peut
regretter qu’il semble avoir tendance, de nos jours, à s’effacer devant l’importance prise par la philosophie des sciences « spéciales ». De surcroît, d’autres domaines de la philosophie,
comme par exemple la philosophie politique ou l’éthique appliquée (en particulier dans le deuxième axe ci-dessus), sont directement impliqués par le thème de ce congrès, ce qui
confirme la généralité de son objet. Le thème « Sciences et décision » permet aussi d’espérer de nombreuses contributions relevant de domaines plus spécifiques de la philosophie des

sciences : philosophie de l’économie, de la sociologie et de la gestion, mais également philosophie des sciences cognitives, philosophie de la logique, philosophie des probabilités ou encore philosophie de la biologie (18).

Ainsi le thème « Sciences et décision » pourrait-il offrir une excellente opportunité pour une rencontre, aujourd’hui plus que jamais nécessaire, entre des domaines des sciences humaines qui, dans un contexte de spécialisation croissante, ont trop souvent tendance à rester isolés les uns les autres : philosophie et sciences économiques et sociales, théories de la connaissance et philosophie générale des sciences, sociologie des sciences et gestion – toutes ces articulations disciplinaires devant elles-mêmes être comprises à l’aide d’une attention constante portée à la dimension contextuelle et historique de leur mise en oeuvre.


>>> Télécharger le document (format .pdf) : Sciences et décision, exposé détaillé de la thématique

Notes :

  1. Voir les critiques d’Elliott Sober dans « Let’s razor Ockham’s razor » (From a biological point of view, Cambridge University Press, 1994), ainsi que l’examen de l’argument de la « parcimonie » dans Evidence and Evolution. The Logic Behind the Science, Cambridge University Press, 2007.
  2. I. Levi, Gambling With Truth, MIT Press, 1967, 1973. L’épistémologie de Levi a récemment fait l’objet d’un volume qui rassemble les meilleurs spécialistes : Knowledge and inquiry : Essays on the pragmatism of Isaac Levi, édité par Erik Olsson. Cambridge, New York : Cambridge University Press, 2006.
  3. P. Maher, Betting on Theories, Cambridge: Cambridge University Press, 1993.
  4. Theory of Knowledge, Londres : Routledge 1990.
  5. K. Popper, Conjectures and Refutations: The Growth of Scientific Knowledge, Routledge, Londres, 1963
  6. F. Suppe, The Structure of Scientific Theories, University of Illinois Press, 1977.
  7. T. Kuhn, « Commensurability, Comparability, Communicability », PSA 1982, repris in The Road since Structure, Chicago, Chicago University Press, 2000, Chap. 2, p. 33-57. Traduction française « Commensurabilité, comparabilité, communicabilité », in S. Laugier et P. Wagner (dir.), Philosophie des sciences, tome 2, Paris, Vrin, 2004, p. 285-320.
  8. P. Kitcher, The Advancement of Science: Science Without Legend, Objectivity Without Illusions, Oxford University Press, 1995.
  9. Mayo, Deborah G., Error and the Growth of Experimental Knowledge, Chicago, University of Chicago Press, 1996.
  10. Peter Carruthers, Stephen Stich, Michael Siegal, eds., The Cognitive basis of science, Cambridge, Cambridge University Press, 2002.
  11. I. Lakatos, The Methodology of Scientific Research Programmes, Cambridge University Press, 1978.
  12. Voir par exemple C. List & C. Puppe, « Judgment aggregation: a survey » (with Clemens Puppe), in P. Anand, C. Puppe and P. Pattanaik (eds.), Oxford Handbook of Rational and Social Choice, Oxford, Oxford University Press.
  13. Cet exemple est étudié par Jon Williamson et ses collaborateurs : http://www.kent.ac.uk/secl/philosophy/jw/2006/caOBNET.htm
  14. Voir par exemple le rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat [IPCC
  15. A. Bouvier et B. Conein (dir.), L’épistémologie sociale. Une théorie sociale de la connaissance, Editions de l’EHESS, « Raisons pratiques », 2007 ; S. Fuller, Social Epistemology, Indiana University Press, 1988.)
  16. Pour anticiper sur le troisième et dernier axe thématique, mentionnons que le principe de précaution fait l’objet d’investigations de la part de la théorie de la décision comme en témoigne notamment C. Gollier & N. Treich (2003) « Decision-Making Under Scientific Uncertainty : The Economics of the Precautionary Principle », Journal of Risk under Uncertainty, 27 :1, 77-103.)
  17. Voir notamment A. Caplin & A. Schotter, The Foundations of Positive and Normative Economics, Oxford University Press, 2008. En outre, le numéro de novembre 2008 de la revue Economics and Philosophy est entièrement consacré à l’épistémologie de la neuroéconomie.)
  18. Pensons par exemple à l’influence des théories économiques, et tout particulièrement de la théorie des jeux, sur la théorie de l’évolution (J. Maynard-Smith, Evolution and the Theory of Games, Cambridge University Press, 1982), ou encore à l’interprétation darwinienne de la dynamique du changement des théories scientifiques au cours du temps (D. Hull, Science as a Process, Chicago University Press, 1988).